Blason Abbaye de Sept-Fons

Abbaye Notre Dame de Sept-Fons

de l'Ordre Cistercien de la Stricte Observance
dit Trappiste

fondée en 1132
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14° dimanche TO – Année B

 

« Il y a dans les paroles du Christ plus de lumière que dans toute parole humaine. Ceci pourtant ne me semble pas suffire pour que l’on devienne chrétien. Encore faut-il ‘croire’. Eh bien, je ne crois pas ». André Gide a raison. Non pas dans son refus de croire. Mais parce que, effectivement, l’acte de foi exige davantage qu’un assentiment intellectuel. C’est un engagement de toute la personne, envers une personne. Dans une lettre à François Mauriac, il écrit : « Il m'arrive de douter du Christ, non pas de la vérité de ses paroles, du secret du bonheur surhumain qu'elles enferment, mais bien de l'obligation de les écouter et de les suivre ».

 Dans la synagogue de de Nazareth, il s’est passé quelque chose de semblable. Ceux qui écoutaient Jésus étaient, eux aussi, « frappés d’étonnement » devant sa sagesse et ses grands miracles. Mais leur étonnement, au lieu de s’ouvrir à la foi, devint méfiance. Ils étaient « profondément choqués à son sujet ». Cela ne cadrait pas avec leurs habitudes. Cela sortait de l’ordinaire. C’était suspect. De nouveau, la prophétie d’Ezéchiel s’accomplit : « Qu’ils écoutent ou qu’ils n’écoutent pas, c’est à eux que je t’envoie ». Ce qui n’empêcha pas Jésus de « s’étonner de leur manque de foi ».

 La foi est un don de Dieu. Et comme tout don, elle est offerte. Elle ne s’impose pas. Jésus ne s’impose pas. Il n’a pas quitté la synagogue en proférant des menaces ou des invectives. Il guérit quelques malades puis passa outre, s’en allant aux « villages d’alentour ». Plus tard, Jésus réprimandera deux de ses disciples quand ils voudront faire descendre le feu du ciel sur la tête des mécréants. Jésus ne veut pas être craint. Il veut être aimé. Ou bien si… il veut être craint … mais de cette crainte qui faisait dire à St Augustin : « Timeo Jesum transeuntem  - J’ai peur de Jésus qui passe -». J’ai peur qu’il me trouve inattentif. Je crains de m’habituer aux choses, de me résigner à la monotonie. J’ai peur de ne pas le reconnaître quand il passe. Reviendra-t-il ?

 « N’est-il pas le charpentier, le fils de Marie, ses frères et ses sœurs ne sont-ils pas ici, chez nous ? ». Jésus passe. C’est le danger. Quand quelque chose devient trop familier, il devient insignifiant. Ou plus exactement, c’est nous qui perdons notre capacité de voir cette chose en profondeur. Nous nous habituons à lui, nous devenons aveugles à la nouveauté qui peut se cacher sous les apparences de la banalité.

 Nous aimons les poètes et les artistes pour leur capacité de percevoir et d’exprimer une vérité, une beauté, qui, autrement, resterait cachée. Ils voient, comme disait Julien Green, un « univers invisible qui essaie de devenir visible ».  Dans la vie de foi, n’y a-t-il pas quelque chose de semblable ? Oui, si notre foi est celle qui, comme le dit saint Paul dans l’épître aux Galates, « agit par amour ». La foi parfaite trouve son élan dans la charité, cet amour d’amitié que Dieu met dans nos cœurs. Au fond, comme le disait le Cardinal Newman, « Nous croyons parce que nous aimons ».

 Mais comme toute vraie relation, celle qui unit le chrétien à son Seigneur, est exigeante et demande – et cela de plus en plus – une capacité (la grâce) de renoncer à soi-même pour se donner à l’autre. Admirer les enseignements du Rabbi Jésus, c’est une chose. Le suivre, devenir son disciple, entrer véritablement en relation avec lui, en est une autre.

 Ecoutons ce passage de Jean Tauler, prédicateur alsacien du 14ième siècle : « Il faut considérer à quelle vocation Dieu vous a appelé et la suivre avec une attention appliquée. Mais voilà, vous ne restez pas en vous-mêmes, vous voyez tout par le dehors. Et c’est pourquoi Dieu, et ce que vous êtes vous-même, vous demeurent inconnus. Vous suivez ainsi votre petit train-train pendant vingt et trente ans, et vous n’êtes ni plus loin, ni plus près que le premier jour. C’est une misère ».

 Pour éviter une telle misère, pour vivre une relation en profondeur avec le Seigneur, il faut craindre « Jésus qui passe », être attentif à sa voix qui nous invite. Et si nous avons le regard tourné vers autre chose (vers nous-mêmes la plupart du temps), ne désespérons pas.  Comptons sur sa miséricorde plutôt. Il nous offre chaque jour, et tout au long du jour, la possibilité de le rattraper sur le chemin et de le rejoindre : dans ses sacrements, surtout dans celui de son Corps et de son Sang, et dans la présence réelle qui le prolonge. C’est là que notre regard de foi s’affine et devient de plus en plus un regard d’amour. « Vers toi j’ai les yeux levés, … Comme les yeux de la servante vers la main de sa maîtresse, nos yeux, levés vers le Seigneur notre Dieu, attendent sa pitié ». Que l’intercession de la servante du Seigneur nous aide à persévérer. Amen.