Blason Abbaye de Sept-Fons

Abbaye Notre Dame de Sept-Fons

de l'Ordre Cistercien de la Stricte Observance
dit Trappiste

fondée en 1132
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15e dimanche du temps ordinaire

12.07.2015

 

« Béni soit Dieu, qui nous a bénis et comblés » ; « pas de pain, pas de sac ». « C’est la richesse… que Dieu a fait déborder jusqu’à nous » ; « pas pièce de monnaie…, pas de tunique de rechange ». Le contraste entre l’épître et l’Évangile a de quoi surprendre. Saint Paul brosse le tableau grandiose de notre destinée : « Nous avons été choisis avant la fondation du monde pour être saints, immaculés, dans l’amour… Nous sommes prédestinés à être les fils adoptifs de Dieu… Nous avons la rédemption, le pardon de nos fautes… Nous sommes devenus le domaine particulier de Dieu… Il a voulu que nous vivions à la louange de sa gloire… » Notre Seigneur, quant-à lui, indique le chemin : « ne rien prendre pour la route…, pas de pain, pas de sac, pas de pièce de monnaie…, pas de tunique de rechange…, seulement un bâton ».

Le parallèle est frappant avec le texte de saint Jean de la Croix, qui décrit la voie conduisant à l’union à Dieu : « Pour parvenir où vous ne goûtez pas, passez par où vous ne goûtez pas. Pour parvenir à ce que vous ne savez pas, passez par où vous ne savez pas. Pour avoir ce que vous ne possédez pas, passez par où vous ne possédez pas. Pour devenir ce que vous n’êtes pas, passez par où vous n’êtes pas. » Et, dans son croquis du Mont Carmel, sur le chemin qui y conduit, il écrit : « Sentier du Mont Carmel, esprit de perfection : rien, rien, rien, rien, rien, rien, et même sur le Mont : rien. »

De la mission des Apôtres, dont nous ne savons pas grand-chose, Notre Seigneur semble faire un exercice de détachement : pas de pain, pas de sac, pas d’argent, pas de vêtement, rien pour la route. Toute relation implique un dépouillement. Quand Notre Seigneur choisit un cœur, il le détache de tout ce qui n’est pas Lui, de plus en plus. « Dans le Christ », « En Jésus » : saint Paul assène ces expressions à coups redoublés,  comme un forgeron sa masse sur le fer. Dieu « le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ… nous a bénis et comblés… dans le Christ. Il nous a choisis dans le Christ… Il nous a prédestinés à être pour lui des fils adoptifs par Jésus, le Christ… Il nous donne… la grâce… dans le Fils bien-aimé... Il nous dévoile… le mystère de sa volonté… dans le Christ… et récapitule toute chose dans le Christ… Il veut que nous vivions à la louange de sa gloire, nous qui avons espéré dans le Christ. » La bénédiction, l’élection, la sainteté, l’adoption, la rédemption, le pardon, la grâce, tout nous vient par Notre-Seigneur, tout est en Lui.

Troquer la misère pour la gloire, est-ce vraiment se dépouiller ? Oui, pourtant, car abandonner pain, sac, argent, vêtement, nous touche dans notre sensibilité, quand les biens surnaturels s’offrent à la foi seule, insensible, obscure. La foi fait penser à ce seul bâton que Notre-Seigneur commande aux Apôtres d’emporter avec eux. Le bâton est ce sur quoi on s’appuie avec assurance, qui donne équilibre, permet de se défendre ; il est, pour un aveugle, son seul guide. « Ô nuit qui m’a guidé », écrit encore saint Jean de la Croix, « ô nuit plus aimable que l’aurore, ô nuit qui a uni, l’Aimé avec son aimée, l’aimée en son Aimé transformée ».

Il fallait le bâton pour pouvoir aller sans pain, ni sac, ni argent, ni vêtement. Seule la foi supporte le dépouillement qui ouvre à la Personne de Notre-Seigneur. Ne nous dépouillons pas par nous-mêmes. Laissons faire Notre-Seigneur qui s’y entend suffisamment. Tout l’art est de saisir les occasions, multiples chaque jour, où le renoncement à nous-mêmes peut nous unir à Notre-Seigneur. La cloche, l’horaire, les contrariétés, les dérangements, une remarque, le support de nous-mêmes, de nos frères. Cela demande une grande foi dont les fruits sont larges et certains, bien qu’invisibles.

En toute entreprise, réussissent ceux pour qui la fin est clairement dessinée, toujours présente à leurs actes. Saint Paul, qui ne craint décidément pas l’insistance, la répète trois fois : « Il a voulu que nous vivions à la louange de sa gloire », amen.