Blason Abbaye de Sept-Fons

Abbaye Notre Dame de Sept-Fons

de l'Ordre Cistercien de la Stricte Observance
dit Trappiste

fondée en 1132
Vue aerienne Abbaye de Sept-Fons
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16e dimanche du temps ordinaire 2015

 

– Misérables bergers, à cause de vous, mes brebis se sont égarées et dispersées, et vous ne vous êtes pas occupés d’elles.

Que veulent dire ces paroles du prophète Jérémie ? Que les chrétiens, que les jeunes moines ne peuvent pas pousser comme l’herbe dans les champs. Que si nous voulons qu’il y ait des fidèles dans nos églises, des jeunes dans les séminaires, dans les noviciats des couvents et des monastères, il faut les rencontrer, leur consacrer du temps, s’en occuper.

– Après leur mission, les disciples se réunirent auprès de Jésus et lui rapportèrent tout ce qu’ils avaient fait et enseigné.

Que veulent dire ces paroles de l’évangile du jour ? Que les disciples s’ouvraient à leur Maître ; que le Maître était présent à ce qu’ils disaient et leur répondait :

– Venez à l’écart dans un endroit désert et reposez-vous un peu.

Mais nous savons aussi, par d’autres passages évangéliques et par notre propre expérience, que les échanges entre Maître et disciples, entre prêtre et fidèles, entre ancien et jeune moine ne sont pas toujours iréniques.

Pour éviter qu’aucun d’entre nous soit gêné, venons en Palestine, à Gaza, au VIe siècle. Saint Dorothée a vécu peu après saint Benoît. Parmi ses disciples, on compte plusieurs illustres moines. Dans une de ses lettres, il raconte ceci, sa propre expérience :

Un ancien s’aperçut qu’un frère ne voulait pas avouer sa faute, sa mauvaise conduite ; il n’avait pas l’habitude de s’ouvrir. C’est pour cela que le Mauvais esprit le faisait pirouetter à sa guise. L’ancien lui demanda :

– Comment vas-tu, frère ?

– Bien, grâce à tes prières.

– Les pensées ne te font-elles pas la guerre ?

– Pour le moment, je vais bien.

Et il ne voulut rien avouer, jusqu’à ce que l’ancien parvienne habilement à lui faire dire ce qu’il avait sur le cœur. Alors il le fortifia par la parole de Dieu. Quand l’ennemi revint, selon son habitude, pour le faire tomber, il le trouva solidement affermi et ne parvint plus à le tromper. 

Que signifie ce court récit ? Que le péché nous replie sur nous-mêmes. Plus profondément, qu’il enferme dans un dilemme, lequel, parfois, s’impose avec force et jette dans le trouble : Est-il possible de tout dire ? Faut-il tout confesser ? Un disciple, doit-il – peut-il – tout confier ? Un maître, un père spirituel, un confesseur, doit-il attendre une parfaite transparence chez ses disciples ou pénitents ?

Ce sont là de vraies questions. Pourtant, aborder le problème par ce biais conduirait dans une impasse. Certes, une certaine transparence est requise ; mais qui est capable de toujours tout dire ? Il faut encourager à l’ouverture ; mais avec tact et patience, car qui a jamais conquis un cœur par effraction ?

Pour se construire et parvenir à la maturité, un homme a besoin de relations fortes, structurantes, avec autrui. La vie chrétienne, la vocation monastique ne dispensent pas de cette loi. C’est le disciple lui-même, dans ses rapports avec l’ancien, qui doit spontanément s’ouvrir ; il verra alors que ses défaillances, ses limites personnelles ne mettent pas cette relation en cause. Les chutes et les orages passent, la relation continue…

Autrement dit, chacun de nous doit découvrir qu’il peut être soi-même ; qu’il peut s’ouvrir et, peut-être même, tout dire ; qu’il peut être aimé et lui aussi aimer, Dieu et ses frères, tel qu’il est, sans se cacher ni se faire passer pour un autre. C’est la liberté des enfants de Dieu, cette liberté intérieure promise par l’Évangile à ceux qui s’attachent au Christ. Elle n’est pas le résultat de nos efforts. C’est le Seigneur, lui-même, qui la donne. Nous avons pourtant à nous y disposer.

Dans la vie monastique, la relation avec l’ancien – et de manière plus générale la vie fraternelle –, joue ce rôle de tremplin. La tâche de l’ancien, du Père spirituel, reste délicate. Il marche sur une crête. À gauche, par sa présence, son attitude, ses paroles il stabilise les disciples, leur offrant une relation saine ; à droite, il réoriente vers Dieu qui doit devenir le seul appui. Il sera bon berger, s’il maintient l’équilibre. Ils seront bons disciples, s’ils font leurs, les paroles du bon Pasteur :

– Venez-moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. 

Amen.