Blason Abbaye de Sept-Fons

Abbaye Notre Dame de Sept-Fons

de l'Ordre Cistercien de la Stricte Observance
dit Trappiste

fondée en 1132
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32e dimanche du Temps Ordinaire

Qui donne quoi à qui ? La situation est moins claire qu’il n’y parait. Revoyons la scène.

Jésus est assis dans le Temple, en face de la salle du trésor. Il profite du spectacle de la foule qui dépose des offrandes. Défilé de badauds et d’hommes pressés, d’imposants notables et de petites gens, de mines réjouies et de faces de carême : le spectacle est inépuisable. Qu’un riche s’avance, et le tronc retentit du tintement de nombreuses et lourdes pièces. Que vienne une pauvre veuve : la chute de ses deux piécettes est si discrète que la pauvre vieille s’en retournerait inaperçue, si Jésus n’était là.

Qui donne quoi à qui ? Eh bien, les Juifs donnent de l’argent au Temple pour le culte divin. Certains donnent beaucoup, d’autres peu.

Mais ce n’est pas si simple : « Amen, amen, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis dans le Trésor plus que tous les autres. » Effectivement, il s’agit de donner, mais bien plus que de l’argent. L’histoire de l’autre veuve, celle de Sarepta, l’indiquait déjà : le prophète Elie lui réclama non pas quelques piécettes de cuivre, mais jusqu’à son dernier pain, en pleine famine, tout ce qui lui restait pour elle et son fils.

Oui, Dieu se montre exigeant, il demande toujours plus. C’est qu’il veut provoquer notre amour ; et c’est cela, l’amour : tu ne te donnes que si tu te dépouilles, tu ne te donnes que si tu t’arraches à toi-même. Et même si ce que nous donnons n’a pas grande valeur, — quelques pièces, un morceau de pain, — quel déchirement parfois ! D’autant qu’il faudra aller jusqu’au bout : tant qu’on n’a pas tout donné, on n’a rien donné.

Alors, qui donne quoi à qui ? L’homme doit donner à Dieu, tout donner, tout ce qu’il a.

 

Ce programme vous effraye ? Attendez… Que pourrions-nous donner à Dieu que n’ayons d’abord reçu de lui ? Le don de l’homme ne peut jamais être qu’une réponse au don de Dieu.

Si la veuve de Sarepta se remet entièrement entre les mains de Dieu, c’est après la promesse du prophète : « Jarre de farine point ne s'épuisera, vase d'huile point ne se videra.» Alors, oui, il est possible de donner son dernier morceau de pain — du moins si l’on a foi dans la parole de Dieu…

Le don de l’homme s’appuie sur le don de Dieu. Et celui-ci n’est pas seulement une promesse au futur, obligeant l’homme à sauter dans le vide : non, le don de Dieu se conjugue au présent, et même, pour exprimer ce qui est déjà accompli, au passé composé : Dieu a donné.

A cette pauvre veuve qui s’avance sur le parvis du Temple, Dieu a donné. Et les piécettes qu’elle dépose dans le tronc en sont la preuve. Cet ultime dépouillement — prendre de son indigence, donner tout ce qu’elle avait pour vivre — est la réponse à ce don mystérieux que Dieu lui a déjà fait, et le désir de recevoir plus encore.

Ainsi en va-t-il de toute prière. Nous avons parfois l’impres­sion que Dieu répond à notre prière, mais c’est le contraire : notre prière est une réponse à son appel. Ce n’est pas nous qui appelons Dieu, c’est lui qui nous appelle, qui nous réveille de notre sommeil et nous tourne vers lui. La relation entre l’homme et Dieu ne peut naître que d’une initiative divine.

Et si Dieu se tourne ainsi vers l’homme, que lui donne-t-il ? Pas seulement quelques miettes de son superflu : il se donne lui-même. Il se donne lui-même en s’offrant pour nous sur la Croix, il se donne lui-même en s’offrant à nous dans l’Eucharistie.

Alors qui donne quoi à qui ? Dieu donne à l’homme, donne tout, tout lui-même.

 

L’homme n’a donc plus qu’à recevoir. Mais nous voyons bien qu’il y a quelque chose qui coince. Ce ne peut être du côté de Dieu, en qui n’existe aucun empêchement à se donner ; c’est en nous qu’est l’obstacle. Notre cœur est tellement encombré que Dieu en est réduit à se faufiler pour trouver une petite place où déposer ses dons. Nos plaisirs, nos désirs, nos espoirs, — le chrétien devrait pourtant savoir que c’est sur la ruine de ses espoirs que fleurit le mieux l’espérance, — tout cela recouvre si facilement les dons de Dieu.

C’est ce qu’a bien compris notre frère Raphaël, le saint trappiste Raphaël Arnáiz Barón, qui écrivait le 25 janvier 1937 :

Vie intérieure, […] vie d’oraison…  Mon Dieu, que ça doit être difficile !

Pas du tout. Enlève de ton cœur ce qui gêne, et tu y trouveras Dieu. Avec ça, le travail est fait. […]

[Dans] la vie d’oraison : il n’y a pas à mettre ce qui y est déjà ; il faut plutôt enlever ce qui y est de trop.

Une âme veut-elle vivre selon Dieu ? Qu’elle enlève tout ce qui n’est pas Lui… et c’est fait.

C’est relativement facile. Mais nous sommes si bêtes que nous ne voulons pas, nous préférons perdre le temps en de stupides vanités.

Il faut donc désencombrer notre cœur. Mais le vide nous fait peur. Certes Dieu donne toujours plus qu’il n’enlève, mais ce qu’il donne ne va jamais jusqu’à devenir un motif de sécurité, ne dispense jamais d’une foi qui s’appuie sur Dieu seul. D’autant que Dieu ne nous donne pas plus de lumière qu’il en faut, jour par jour. Mais c’est proprement dans l’humble docilité à cette lumière, que nous commençons à marcher avec Dieu.

Sur ce chemin, il nous faudra donc donner, beaucoup donner, et même ce que nous pensions ne pas posséder, comme cette longue fidélité au fil des épreuves des jours. Car « jarre de farine point ne s'épuisera, vase d'huile point ne se videra

 

Pour conclure, deux principes sont à retenir :

Pour la vie d’union avec Dieu, il faut à la fois beaucoup compter sur Dieu — car tout, absolument tout, vient de lui, gratuitement — et agir avec beaucoup de générosité — car les grâces ne sont données qu’aux affamés, aux tenaces, aux généreux.

Amen.