Blason Abbaye de Sept-Fons

Abbaye Notre Dame de Sept-Fons

de l'Ordre Cistercien de la Stricte Observance
dit Trappiste

fondée en 1132
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4 janvier 2015 pour l'Epiphanie année B


Avouons que, comme bien d’autres en la vie de Notre Seigneur, l’événement de la visite des mages à la crèche nous dépasse. Quelle force a pu mouvoir ces savants d’Orient à rechercher le Roi d’un peuple de rien, leur donner l’assurance de l’avoir trouvé, brimborion au palais si misérable ?

Il y a là pour nous, en quête des moyens de plaire à Dieu, de le servir et de l’aimer, un exemple.

L’aplomb des scribes, des grands prêtres, rend ridicule l’hésitation des mages. « Où est le Roi des Juifs ? » demandent-ils avec candeur. « A Bethléem », évidemment, « Bethléem de Juda », quelle question, répondent les docteurs, citation à l’appui, s’il vous plaît. Mais à Bethléem, ceux-ci n’iront pas. Spécialistes en science divine, ils ignorent Notre Seigneur. Paradoxe qui traverse les Évangile et au-delà : ceux qui devraient chercher Notre Seigneur, sachant très bien où le trouver, n’en font aucun cas, quand ceux qui n’ont aucune raison de se mettre en route, ignorant tout de Lui, le cherchent éperdument.

L’étoile, lumière de ceux qui cherchent Dieu dans la droiture de leur cœur, faible lueur sur le chemin du moine, du contemplatif. Ne faut-il pas être fou pour se mettre à la suite d’une étoile ? N’est-ce pas bien incommode et fort humiliant ? Astre qui n’éclaire rien, visible seulement de nuit, caché au hasard des nuages… Pourquoi, si près du but, l’étoile a-t-elle abandonné les mages, condamnant les innocents ? La lumière du palais d’Hérode, la clarté des prophéties, l’assurance des docteurs ne nous conduiront pas à Notre Seigneur, mais la marche de nuit, ridicule peut être, hésitante, à la lueur intermittente et fragile d’une étoile. Suivre une étoile, chercher Notre Seigneur, s’abandonner, se laisser faire, renoncer à maîtriser, à posséder – pourrions-nous la tenir cette étoile, elle nous consumerait –, voilà notre condition vraie, laquelle il ne faut surtout pas fuir.

Combien devons-nous être reconnaissants envers ces mages si mystérieux de ce qu’ils ont fait pour Notre Seigneur. Nous ne pouvions être à la crèche ; ils ont tenu notre place. Comme ils l’ont tenue admirablement ! Personne, au cours de la vie de Notre Seigneur, ne semble avoir comme eux, si bien honoré sa surnaturelle royauté, par l’offrande de l’or, sa divinité voilée, par le don de l’encens, son amour passionné, par la myrrhe, pour son corps sacrifié.

Ce qu’ils ont fait, alors, est aujourd’hui à notre portée. Ils entrèrent, ils virent, ils tombèrent, ils ouvrirent, ils offrirent. N’est-ce pas notre propre histoire, l’œuvre de notre vie ? Ne voyons pas là des actes successifs. Ils sont inséparables. Entrer : se laisser attirer, déranger, déstabiliser. Voir : accepter la réalité dans sa vérité, crue parfois. Tomber : reconnaître la suprématie de Dieu, nous établir dans la dépendance de Lui, entrer dans ce qui nous dépasse. Ouvrir : nous ouvrir à Lui, sans pudeur ni faux respect, pour : offrir, nous offrir tout entier, afin que Lui, déjà offert, au fond de la mangeoire, prenne possession de nous.

La présence de Notre Seigneur en nous, ne nous trompons pas, étoile dans la nuit, est ténèbres à nos yeux, à notre cœur. Voilà le mystère de l’Épiphanie : une étoile, des moyens dérisoires, pour nous attirer, afin que, offerts à Lui, il prenne, en secret, possession de notre cœur et que, de notre cœur, sa lumière illumine le monde. Celle qui consentit, le 10 septembre 1946, à répondre à l’appel de Notre Seigneur, lui disant : « Viens, sois ma lumière. », connut à partir de ce moment, d’indicibles ténèbres. Trente-six ans plus tard, elle priait ainsi : « Cher Jésus, pénétrez et possédez mon être si complètement que ma vie rayonne la vôtre. Demeurez avec moi, et je brillerai jusqu’à en être une lumière pour les autres. La lumière, ô Jésus, sera toute de vous, aucunement de moi, ni pour moi. Ce sera vous qui brillerez sur les autres à travers moi. Que je vous prêche sans prêcher, sans mots, mais par la force d’attraction, l’influence bienveillante, la plénitude de l’amour dans mon cœur. » Amen.