Blason Abbaye de Sept-Fons

Abbaye Notre Dame de Sept-Fons

de l'Ordre Cistercien de la Stricte Observance
dit Trappiste

fondée en 1132
Vue aerienne Abbaye de Sept-Fons
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Saints Fondateurs

Le 21 mars, l’an du Seigneur mille quatre-vingt-dix-huit, 21 moines quittent leur monastère. Ils n’étaient pas partis sur un coup de tête. Leur projet avait fait l’objet d’une longue réflexion et le chef de file était l’abbé lui-même, Robert, fondateur de Molesmes. Ce monastère n’était pourtant pas en état de délabrement. Il était estimé et réputé. Le Grand Exorde parle d’une « communauté sainte » où l’on « vivait de manière digne ». Pourquoi donc ces moines ont-ils quitté leur monastère ?

 « Ils vinrent à Cîteaux, alors lieu d’horreur et de vaste solitude. Mais les soldats du Christ estimèrent que l’âpreté du lieu s’accordait bien à l’austérité du projet qu’ils avaient conçu ». Le Grand Exorde et tous les documents du 12e siècle sont d’accord sur le caractère austère du projet cistercien. Les fondateurs du « Nouveau monastère » recherchaient une plus grande fidélité à la Règle de S. Benoit : simplicité, pauvreté, travail manuel, rompre avec les manières du siècle, étaient leurs mots d’ordre. Pour citer de nouveau le Grand Exorde, ils « échangeaient entre eux sur ce qui leur remuait le cœur à chacun, et se demandaient comment accomplir le verset du Psaume : « Je tiendrai mes promesses envers toi ».

C’est là une première leçon pour nous. Ils avaient déjà répondu à l’appel de Dieu, ils étaient entrés au monastère et avaient prononcé leurs vœux. Ils auraient pu se contenter de ce qu’ils y avaient trouvé et mener la vie monastique sans faire d’histoires. Ils auraient pu … mais, et heureusement pour nous, ils ont eu l’oreille assez fine pour entendre de nouveau l’appel de Dieu. Ils montrent ainsi que le secret d’une persévérance féconde réside dans cette capacité à se renouveler, à reconnaître qu’on n’est jamais « quitte » envers Dieu.

En effet, seule une relation de personne à personne fondée sur le don de soi peut susciter un tel engagement et expliquer sa durée. On peut s’attendrir quand on voit de ces couples, après 50 ans de mariage, toujours capables de manifester, par des gestes simples, leur attachement mutuel. Mais on n’imagine pas les épreuves traversées, les répugnances surmontées, les efforts déployés, souvent héroïques, pour en arriver là. Pourquoi en irait-il différemment pour nous autres, moines ?

« Ceux qui aspirent ardemment à la vie éternelle », écrit Saint Benoît, « entrent dans la voie étroite dont parle le Seigneur lorsqu’il dit : « Etroite est la voie qui conduit à la vie ». C’est en référence à ce passage de la Règle, et pour évoquer l’austérité du projet cistercien, que l’on a choisi, comme lecture d’Evangile, ce passage de Saint Marc, où le Seigneur met ses disciples en garde contre les richesses : pour entrer dans le Royaume de Dieu (passer par le trou de l’aiguille) il faut se dépouiller de ses bosses de chameaux.

Mais les premiers moines de Cîteaux n’ont pas cherché d’abord une vie plus austère. La simplicité, la pauvreté, une plus grande fidélité à la Règle de Saint Benoît n’étaient pour eux, et ne doivent être pour nous, que des moyens, des instruments pour mieux exprimer une réalité plus profonde. Choisir la voie étroite, oui, mais pourquoi ? C’est le passage de l’Evangile de saint Marc qui précède immédiatement celui que nous avons entendu ce matin qui donne la réponse.

Il s’agit de la rencontre de Jésus et du jeune homme riche. « Jésus fixa sur lui son regard et l’aima ». Il lui dit « Une seule chose te manque : va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres, puis viens, suis-moi ». Ce que le jeune homme a refusé, tristement, nos fondateurs l’ont cherché avidement : ce regard d’amour du Christ, cette invitation à rejoindre le cercle de ses disciples, de ses amis.  Saint Antoine, le père des moines, a entendu ces paroles et les a suivies à la lettre. L’austérité de sa vie, comme celle du projet cistercien, n’a de sens que pour nous rendre plus libres, donc plus capables de discerner ce regard et d’accepter l’invitation divine quand elle se présente. Le motif et le but de toute réforme de vie chrétienne sont là : tout mettre en œuvre pour nous rendre libre pour mieux aimer la personne divine et humaine du Christ.

Comme l’a dit le pape François, dans sa lettre aux religieux pour l’ouverture de l’année consacrée à la vie religieuse : « Pour les Fondateurs, la règle absolue a été l’Evangile, toute autre règle voulait être seulement une expression de l’Evangile et un instrument pour le vivre en plénitude. Leur idéal était le Christ, adhérer à lui, jusqu’à pouvoir dire avec S. Paul : « Pour moi, vivre, c’est le Christ ». Les vœux n’avaient de sens que pour mettre en œuvre un tel amour passionné ».

Nos fondateurs étaient-ils des hommes passionnés ? Laissons le récit du Grand Exorde répondre : « Ils échangeaient entre eux sur ce qui leur remuait le cœur à chacun, et se demandaient comment accomplir le verset du Psaume : « Je tiendrai mes promesses envers toi ».